
10-18 – 1993 (prem. ed. fr. 1989) – 380 pages
Ils avaient été six à la ferme, Sethe était la seule femme. Madame Garner, en pleurant comme un enfant, avait vendu le frère de Paul D pour rembourser des dettes qui avaient fait surface dès l’instant où elle s’était retrouvée veuve. Puis le maître d’école était arrivé pour mettre les choses en ordre. Mais ce qu’il fit brisa trois autres hommes du Bon Abri, et chassa l’acier scintillant des yeux de Sethe, ne laissant que deux puits béants qui ne reflétaient pas la lumière du feu.
p. 20
Prix Nobel de la Littérature en 1993, Tony Morrison, alias Chloe Anthony Wofford, reçu pour son livre Beloved le non moins prestigieux prix Pulitzer en 1987.
Ce livre haut en couleurs, d’une expressivité impressionnante, raconte l’histoire de Sethe, une esclave affranchie, hantée par le fantôme de sa fille, qu’elle a tué pour qu’elle échappe aux blancs revenus la chercher après sa fuite du Bon Abri.
Les personnages se croisent et se cherchent, dans un style clair, plutôt classique, mêlant les voix, les points de vue. Ce qui ressort le plus, c’est leur vivacité, leur véracité. Chacun, dans son monde, semble vivre son propre conte fait de blancs et de mystères, mais aussi de clarté et d’amour. Tous les sentiments humains se mêlent de manière parfaitement contrôlé et virtuose.
Surtout, il y a le passé de ces hommes et femmes victimes de l’esclavage. Violent, dur, noir, il revient à chaque page, dévoile un peu plus d’horreur à chaque fois, sans non plus en dire trop, si bien qu’entre images bien réelles et scène suggérées, le lecteur est saisi par la véracité du texte. Passant d’un personnage à l’autre, d’un point de vue à l’autre, Tony Morrison ne livre pas d’analyse ou de jugement, mais des sensations et des malaises, pris sur le vif, des souvenirs qui surgissent, des récits qui reviennent…
Enfin, elle décrit avec justesse les paysages dans lequel évoluent les personnages. Il est toujours bon de le noter, lorsqu’un livre possède cette capacité d’emmener son lecteur dans un monde différent, avec cette sensation en refermant le livre que le voyage a réellement eu lieu.
A regretter quelques longueurs narratives, bien vite oubliées par la fin spectaculaire, condensée d’émotions, qui ne laisse pas indifférent.

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