
vendredi 30 septembre 2011
Sur la Route - Addendum

Sur la Route - Jack Kerouac
Folio – 544 pages – Ecrit en 1957vendredi 9 septembre 2011
Purge - Sofi Oksanen

La Cosmopolite - 2011 - 408 pages
Il est bien connu que les prix ne font pas les livres. Lire Purge de Sofi Oksanen implique d'oublier un instant qu'il a gagné à la fois le Prix Femina Etranger et le Prix Fnac.
Ce livre raconte l’histoire de deux destins qui se croisent. D’un côté Aliide, une vieille dame estonienne, accusée part les jeunes de son village d’avoir collaboré avec les communistes, sèche et peu avenante. De l’autre, Zara, une jeune fille qui a fuit Vladivostok, croyant trouver richesse en Allemagne, finalement victime des réseaux de prostitution. Tout commence quand Zara débarque dans le jardin d’Aliide, guidée par une vieille photo que lui a laissé sa grand-mère lorsqu’elle est partie.
Oksanen déroule ensuite son récit, jouant d’un tableau à l’autre, et raconte au lecteur ces deux histoires différentes, ces deux destins tragiques. Les récits s’enlacent, d’une époque à une autre, de manière chaotique, sans aucun équilibre.
L’écriture est fluide et se place bien, le style s’attache à garder une certaine distance vis-à-vis des personnages, même lorsqu’Oksanen rentre dans leurs têtes. Ce qui est frappant, c’est à quel point personne n’est épargné. Difficile de vouloir pardonner à qui que ce soit, sinon peut-être Zara. Oksanen ne semble pas chercher à rendre ses personnages sympathiques, ni à justifier leurs actes. Elle se contente de les raconter, et laisse au lecteur le soin de choisir son camp –ou de rester neutre.
Le principal intérêt du livre tient justement à cela. Le thème ainsi exposé pousse à prendre du recul vis-à-vis de l’Histoire qui ici s’efface complètement face aux drames personnels. Cet aspect des plus intéressant transparait particulièrement chez Aliide, qui à la fois est une victime et un bourreau, mais toujours seule avec elle-même, et le regard des autres forcément dévié, faux. Sans même qu’elle ne cherche, ou n’ait jamais cherché, à se justifier.
Il serait possible de reprocher à Oksanen la multiplicité des scènes crues, et l’éternel mauvais rôle que jouent les hommes, menteurs, violeurs, assassins. Il est vrai que c’est un moyen sûr de gagner un public féminin près à s’agripper à la première occasion de dénoncer leurs confrères et de s’indigner contre la dureté de l’existence féminine. Ce serait malheureusement réducteur, et consisterait à ne vouloir voir dans ce livre que ce que l’on veut. Il semble que le message qu’il porte n’est pas celui-là, mais plutôt celui d’un certain regard sur l’Histoire, sur les actes que celle-ci à provoqué, permis. Surtout, sur l’interprétation d’actes qui auraient aussi eu lieu sans elle, mais d’une manière différente.
Peut-être Purge n’est-il pas, comme le dit Nancy Huston, le seul livre à lire en 2011, mais mérite d’être lu.
