vendredi 30 septembre 2011

Sur la Route - Addendum

En relisant cet article, je réalise à quel point c’est occulter toute une partie de l’œuvre. En effet, c’est passer à côté de l’aspect psychologique (philosophique ?) du personnage. Vu sous cet angle, fuite en avant, désir d’éternité, recherche mystique, la singularité temporelle de l’œuvre prend tout son relief. En effet, si le rapport homme/société semble se replier sur lui-même, ce que l’homme en tant qu’être pensant recherche, ou, du moins, la forme sous laquelle il le recherche, semble quant à elle avoir très nettement évolué –si l’on continue de considérer cette œuvre non pas d’un point de vue intime, mais comme la tentative de replacer dans un contexte contemporain une œuvre moderne. Sur la Route ne peut pas être considéré comme représentatif d’une sorte de mode qui consisterait à s’échapper du conformisme et vivre pleinement sa liberté, à la recherche d’une expérience mystique, puisque c’est ce livre lui-même qui a lancé les prémisses de cette mode. Kerouac rejetait d’ailleurs cela qu’il qualifiait d’allant contre le mode de vie qu’il avait voulu décrire. Cependant, reste tout de même qu’avec la distance des années, et avec la distanciation d’une génération née après ce chamboulement, la sensation provoquée par ce mode de vie a réuni l’ensemble de ses symboles dans une idée plus ou moins vague que Sur La Route clarifie à la fois qu’elle en définit un peu plus les frontières –et l’éloigne. Il faudrait alors cette fois-ci enfin prendre ses distances d’un phénomène ancré dans notre imaginaire de manière imprécise –voire impropre- pour recentré notre observation sur ce que ressent le personnage lui-même. Ce genre d’étude doit forcément exister, mais il n’est peut-être pas utile de s’y référer. On touche bien cette fois-ci au caractère intime de la lecture, aux liens que fera le lecteur de sa propre vie, de ses propres incertitudes et questionnements, avec le fourmillement intellectuel de Kerouac. Ce qui est sûr, c’est qu’à ce propos, Sal Paradise ne nous laisse pas indifférent et que sa lecture du monde ne peut pas nous faire de mal, depuis nos canapés confortables et derrières nos doubles vitrages où se reflètent les images de la télévision.

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