
10-18 – 2008 – 375 pages
Puis, alors que les dernières gouttes s’écrasent au sol et que tant d’autres restent en suspens sur les feuillages lavés de leur poussière, dans ce moment de fragilité, alors que l’on se demande si l’averse est terminée, ce que l’averse elle-même ignore, dans cet intervalle précis, tout devient serein.
p. 16
Elif Shafak, considérée comme une des plus grandes –si ce n’est la plus grande- romancière turque actuelle, choisit avec La Bâtarde d’Istanbul d’aborder le thème de l’histoire familiale et de la tradition. Armanoush, fille d’une américaine et d’un arménien, issu d’une famille ayant émigré dans les années vingt, décide d’aller à Istanbul, à la recherche de son passé. Elle rend alors visite à la famille de son beau-père turc, les Kazanci, où elle fait la rencontre d’Asya, jeune fille dont l’identité du père est inconnue. A la suite de cette rencontre, de nombreux secrets familiaux vont refaire surface…
La Bâtarde d’Istanbul est un livre qui se lit de manière agréable et qui tient en haleine. Le lecteur s’attache facilement à des personnages hauts en couleur, dans un cadre sans cesse changeant, entre les Etats-Unis et Istanbul, hier et aujourd’hui, d’une famille à l’autre… S’il est une chose de certaine, c’est la vivacité de l’écriture d’Elif Shafak, la part d’elle que l’on sent au travers des pages, lors des dialogues très présents ou des longs passages consacrés à la cuisine, et cette facilité qu’elle a de passer d’un cadre à un autre, permettant en quelques mots au lecteur de changer d’atmosphère.
Par ailleurs, cette vivacité travaille parfois au dépend du style, qui pâtit du côté très visuel du roman, restant assez scolaire. De même les personnages possèdent des penchant parfois proches de la caricature, et ne sont pas vus assez en profondeur ; ils manquent de vraies contradictions. L’intrigue elle-même se devine aisément et semble légèrement tirée par les cheveux.
Peu importe au final car cela n’enlève rien du plaisir de la lecture, au contraire, c’est aussi une manière d’aborder des sujets difficiles pour la culture turque, de façon plus légère. Une grande part du livre est ainsi consacrée à des évènements liés au génocide arménien, et des points de vue différents se confrontent tout au long du développement, grâce au rapprochement des deux jeunes filles, l’une turque, l’autre arménienne, chacune ayant une vision différente de l’importance de l’héritage historique de leur communauté. Elif Shafak a d’ailleurs été amenée devant la justice turque à la suite de certains propos tenus par des personnages arméniens. Elle a finalement été acquittée.

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