
Editions du Rouergue – 2006 – 317 pages
Sa voix, rauque. Des mots arrachés, à l’état de lambeaux.
La maison, silencieuse. Clémence n’était pas là, sortie sans doute sur le chemin qui mène à la forêt. Le tic-tac de la pendule. La respiration d’Alice.
Ce tic-tac, comme une deuxième respiration.
p. 121
Ecrit entre Seule Venise (2004) et le célèbre et primé Les Déferlantes (2008), Dans l’Or du Temps s’inscrit parfaitement dans l’œuvre de Claudie Gallay aussi bien par son style que par son sujet. Un jeune homme, la trentaine, rencontre par hasard une vieille femme, Alice, alors qu’il passe ses vacances avec sa femme et ses filles dans leur maison normande. S’installe entre lui et Alice une relation à la fois complice et imprévisible, lorsque celle-ci commence à lui raconter sa vie, son enfance faite de voyages, de la découverte des indiens Hopi d’amérique et de la fréquentation des surréalistes, avec, à leur tête, Breton.
Le schéma de base est bien le même que dans Seule Venise ou Les Déferlantes : un personnage, seul, se questionne sur son existence et rencontre un autre personnage qui fait office de guide. L’originalité du livre est, ici, le choix de se plonger dans la civilisation Hopi au travers des surréalistes et de Breton. Très documentée, la réalité est cependant bien mêlée à la fiction, sans jamais tomber dans le récitatif qui coupe le récit dans son élan.
Cependant, il n’y a ici ni l’intimité brumeuse de Seule Venise, ni l’instensité des Déferlantes. Au lieu de ça, le personnage d’Alice vascille fortement en direction du cliché de la vieille femme qui porte en elle le savoir, à la fois brusque et fragile, et entourée de secret, et le personnage du jeune homme se contente de hocher la tête sans vraiment participer, et de regarder sa vie s’étioler passivement.
Le style quand à lui est sans surprise, toujours le même, et s’il continue de faire mouche, il n’a plus ce caractère rafraichissant. Duras est toujours très présente dans la construction, dans les dialogues surtout. Un regret sur cette manière de faire des phrases toujours très courtes, et de remplacer systématiquement les virgules par un point, et « Et » au début de la phrase suivante.
Abstraction faite de cela, le livre est d’une lecture agréable. Il lui manque malheureusement un peu de profondeur ou d’originalité pour en faire un livre mémorable.

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