
Editions du Seuil – 2010 – 300 pages
Rodrigo Fresan, écrivain argentin, à qui l’on doit notamment La Vitesse des Choses et Mantra, propose avec Le Fond Du Ciel un livre polymorphe, à la fois sans frontière et frontalier, assez bien illustré d’ailleurs par l’image choisie sur la couverture de son édition française (Seuil).
L’histoire aurait pu être des plus simples. Deux adolescents, Isaac Goldman et son cousin, Ezra Leventhal, se retrouvent à partager la même chambre. S’en suit la découverte d’une passion commune pour la science-fiction, et leur amour commun pour une jeune fille aux allures parfaites et aux mots étranges. Il serait cependant faux de décrire ainsi ce livre à l’intrigue riche, tout comme il serait hasardeux de vouloir en dire plus.
Si la construction générale est plutôt classique, trois parties correspondant chacune à l’un des personnages, chacune d’entre elles possède une construction propre, un caractère, presque, puisque chacun des personnages choisira une voie, un univers différents. La trame temporelle est bousculée à la manière d’un roman de science fiction, multipliant les références aux grands du genre, comme Philip K. Dick ou Kurt Vonnegut Jr, sans pour autant dérouter complètement le profane. La Terre devient un objet comme un autre, le temps une notion des plus incertaines, et le lecteur est emporté au gré d’évènements qu’il ne peut que reconnaître, comme les attentats du 9/11, les essais de la bombe atomique ou encore la guerre en Irak. Cette notion de recul par rapport au monde est très bien mise ne place, Fresan superposant à cet effet plusieurs techniques, multipliant par exemple les récits de fin du monde ou encore faisant intervenir le point de vue d’extraterrestres observateurs de la Terre.
Le style quant à lui travaille la légèreté, laisse le lecteur en suspension dans l’air, entre deux mondes, entre plusieurs récits sans jamais le forcer à choisir, à se poser. Malheureusement, un des revers de cette recherche dans l’écriture est qu’il faut se faire violence, après quelque pages, pour se détacher de ce style un peu trop appuyé, cherchant un peu trop, dans la première partie surtout, la métaphore qui fera mouche, la phrase qui restera, et prompt dans le même temps à tomber dans le cliché de la phrase emprunte à la fois de sagesse et de recul. Une fois ce petit défaut effacé, focalisant la lecture sur le message et sur le visuel, très présent quoiqu’en filigrane, ne s’imposant jamais, passant au travers des sensations des personnages eux-mêmes, la lecture devient des plus agréables, et le lecteur se laisse emporter loin de son propre monde –ce qui est une des plus belles réussites du livre. Un léger regret persiste également sur les passages où Fresan cite un livre de science-fiction qui relie les trois personnages, à cause principalement de la coupure du style, qui passe du domaine littéraire au domaine de la Sci-Fi, sans transition aucune, brisant légèrement le rythme du roman.
Une lecture finalement des plus plaisantes !

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