Gallimard nrf – 2010 – 138 pages
Un air frais monta de l’obscurité et passa sur mes jambes nues sous mon short. Je descendais dans une grotte. La ville a le vide au-dessous d’elle, c’est son appui. A notre masse du dessus correspond autant d’ombre. C’est elle qui porte le corps de la ville.
p. 15
Pour son dernier livre, Erri de Luca emmène à nouveau le lecteur au cœur de sa ville natale, Naples, pour un récit initiatique. Celui de l’adolescence d’un jeune garçon, orphelin, élevé par le concierge d’un immeuble.
Le livre commence sur des nuances très naïves, parfois même trop, où il est regrettable que la poésie semble trop facile, trop clichée. Il est cependant agréable de se plonger à nouveau dans le style fluide, dépouillé, d’Erri de Luca. Ici encore, en reflet de Montedidio, c’est un conte que nous propose l’auteur italien, plus qu’une chronique ou qu’une histoire au sens large du terme. Les mots, même durs, restent légers, et apparaissent aussi vite qu’ils disparaissent au détour d’un rayon de lumière ou d’un coup du vent violent qui s’abat sur la ville.
On pourrait craindre, avec l’arrivée d’Anna, jeune fille mystérieuse que le narrateur observait au travers d’une fenêtre lorsqu’il était jeune, à une répétition du schéma de Montedidio, mais il n’en est rien. Le parcours initiatique est ici plus réaliste, mais aussi plus violent, et finalement la dernière partie du livre est la plus intéressante. Erri de Luca ne le montre pas, mais sa gestion de l’action rapide est excellente. Les dernières phrases emportent le lecteur dans un seul souffle.
Le Jour Avant le Bonheur n’est pas uniquement l’histoire d’un garçon, mais aussi celle de la ville de Naples, qui devient ici un personnage à part entière, aimé comme tel, vécu, surtout, comme tel. Il ne s’agit pas seulement des descriptions de la vie au cœur même de la ville, mais aussi du discours du gardien de l’immeuble qui s’occupe de l’enfant, lorsqu’il lui raconte la guerre de 39-45, le départ des allemands, l’unité des habitants en tant que peuple. C’est vers cette unité là que tend le narrateur, dont les parents ont toujours été l’immeuble, puis la ville.
Pas de surprise donc dans les premières pages de ce livre, où l’on devient homme par l’amour et le sang. Heureusement, la fin relève l’ensemble de façon admirable, et donne tout son sens à cette quête inachevée, comme sait si bien les conter Erri de Luca.

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