
P.O.L. – Septembre 1996 – 158 pages
Je sais à quel point cette histoire pourra semer le trouble et l’angoisse, à quel point elle perturbera les gens. […] Mais il faut que j’écrive ce livre sans plus tarder, parce que si on me retrouve dans l’état où je suis maintenant, personne ne voudra ni m’écouter ni me croire.
p. 9
Truismes est le premier livre de Marie Darrieussecq, normalienne en lettres et psychanalyste. Il raconte les aventures d’une jeune femme qui se transforme petit à petit, et de manière non linéaire, en truie, et qui décide de raconter son histoire, sur fond de bouleversements historiques fictifs. L’ensemble ressemble à une sorte de mélange entre La Métamorphose de Kafka et 1984 d’Orwell.
La structure est simple et la narration est linéaire, quoi que non uniformément répartie. Darrieussecq s’autorise peu d’anticipation, sauf pour ce qui est de la métamorphose en elle-même, qui ne constitue pas une surprise, puisque la narratrice la pose comme fait dès les premières lignes, avant de se proposer de raconter son histoire.
Le point de vue interne est traité de manière presque simpliste, puisque la narratrice admet elle-même ne pas être quelqu’un qui se pose beaucoup de questions. Cela est très bien rendu par le contraste développé entre les actes décrits –par exemple le patron qui abuse d’elle avant de l’embaucher- et la simplicité naïve du style utilisé –cela ne semble pas la choquer le moins du monde. C’est à priori sur ce contraste que se construit l’ensemble du récit. La volonté de raconter son histoire, et uniquement elle, le peu de visibilité que son état porcin lui laisse, et le postulat admettant que le lecteur connait déjà le contexte historique donne un récit plein de vides et de sous-entendus qui, s’ils sont bien gérés, n’apportent peut-être pas toujours d’éléments significatifs à l’ensemble. La justification de l’entreprise –que je ne dévoilerai pas ici- est également un peu faiblarde, non pas dans son sens fondamental, mais plutôt dans le retour à la forme naïve qu’elle représente. En effet, l’intérêt est de voir comment la narratrice évolue au court de ses différentes mutations, et comment d’ailleurs ses mutations évoluent au cours de son propre développement. La métamorphose est ce qui la pousse à se connaitre mieux elle-même, à envisager le monde sous un autre regard, et en particulier sa décadence puis sa reconstruction.
Au final, ce livre qui se lit d’une traite, sans accrocs, est intéressant pour son originalité, bien qu’il traite de sujets qui eux ne le sont pas. L’approche du problème de la métamorphose touche ici également à celui de l’image de la femme, entre le corps dédié au plaisir et la volonté d’indépendance. Personne n’est vraiment épargné au travers de ces pages, ni l’amant, ni la mère, ni la société, où la narratrice s’expose avec une pudeur relative, mais réelle, et où au travers d’épisodes parfois burlesques, souvent violents, ressort une grande détresse face à l’incompréhension des comportements des différentes personnes qu’elle croise.
Une expérience intéressante.

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