Stock – Mars 2008 – 219 pagesFévrier nous frappait d’un ciel avec des angles, nous étions cadrées, ici et maintenant, pour toujours.
p. 156
Après avoir lu un article intéressant sur Nina Bouraoui dans le numéro d’Avril de Transfuge, je me suis dit, pourquoi pas ?
D’entrée de jeu, Nina Bouraoui donne le ton, par le biais d’un incipit largement explicite : « Le désir n’est pas isolé. Il est multiple et secret. Il est par les autres et pour les autres ». Le désir, il ne sera dans ce livre question que de ça, ou presque. Il s’agit en effet d’une succession de chapitres très courts, ex abrupto, où l’écrivain nous parle de ses histoires d’amour, ou de la charge sexuelle de différents épisodes de sa vie, avec, intercalés ici et là, des descriptions d’œuvres d’art.
Le genre de l’autofiction permet largement ce genre de récit cru, à la limite du voyeurisme. De fait, le genre de l’autofiction redéfinit assez largement la place de l’écrivain. C’est le retour brusque et massif du « Je » dans l’écriture, celui là même dont Blanchot disait, dans L’Espace Littéraire, « l’écrivain […] renonce à dire « Je ». [Il] appartient à un langage que personne ne parle, qui ne s’adresse à personne, qui n’a pas de centre, qui ne révèle rien. ». Dans l’autofiction, le Je est omniprésent. Il ne sert plus à relier l’écrivain au monde, puisqu’à aucun moment ils ne se distancient l’un de l’autre. On aurait presque envie de citer le deuxième préambule des Confessions de Rousseau : « Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. »
Là où l’écrivain mène un travail de collecte, de découpage, de collage, l’autofiction rend dans l’ordre et avec la même cohérence des faits déjà avérés. Pour relever de la littérature, l’autofiction utilise la poétisation du texte, outil fort pour l’écrivain, dans son travail de retranscription de sa vision du monde. Sinon, on peut justement se demander où est la valeur ajouté du livre, ou, pour ne pas utiliser ce vocabulaire un peu tranchant, du moins, quel est le message que l’écrivain a voulu faire passer, quelle dimension inexplorée, ou mal explorée du monde il a voulu nous faire (re)découvrir. C’est ici à mon sens que le livre de Nina Bouraoui pêche. On peut dire de lui qu’il est vrai, qu’il retrace un vécu du monde, de manière agréable, il faut le reconnaitre, mais non une vision.
Dès le premier chapitre, il est clair qu’on entre dans l’intimité de l’auteur, fait auquel cela dit l’autofiction nous a habitué. En exergue, une histoire d’amour. Le reste du livre se constitue autour d’images de cette histoire, courtes, non-informatives, dont l’enchevêtrement est plutôt réussi. Malheureusement, l’écriture ne fait trop souvent qu’effleurer le potentiel du contenu, ce qui provoque chez le lecteur une certaine désorientation au fil des pages. La succession des mails, discutions téléphoniques, SMS avec des descriptions d’œuvres d’art au milieu (dont on se demande ce que Nina Bouraoui a voulu en tirer) n’arrive pas à créer le relief nécessaire. La poésie manque trop souvent, même si le livre reste agréable à lire.
Il faudrait, pour pouvoir commenter plus avant, lire d’autres livres de Nina Bouraoui, où peut-être le désir n’est pas la clef de l’édifice, un livre qui ne soit pas une première (douloureuse ?), car elle dit elle-même dans l’interview donnée à Transfuge : « J’ai mis du temps à me défaire de mes complexes, à pouvoir écrire sur la sexualité et la sensualité. Et à assumer mon homosexualité, pas dans ma vie mais dans mes livres » (p. 44), car réussir à parler de la sexualité, est-ce ne parler que de ça ? Pour un écrivain qui se dit proche de Marguerite Duras, la frontière entre désir et sexualité, entre tension et nudité crue ne devrait-elle pas être plus accentuée ? Il ne s’agit pas de deux façons différentes de vivre la sensualité, mais de deux façons différentes de la transcrire, de la faire transpirer sur le papier. Il n’y a qu’à (re)lire Détruire, dit-elle pour s’en convaincre.
Mes Mauvaises Pensées, livre antérieur de Nina Bouraoui, est donc rajouté à ma liste de lectures !
D’entrée de jeu, Nina Bouraoui donne le ton, par le biais d’un incipit largement explicite : « Le désir n’est pas isolé. Il est multiple et secret. Il est par les autres et pour les autres ». Le désir, il ne sera dans ce livre question que de ça, ou presque. Il s’agit en effet d’une succession de chapitres très courts, ex abrupto, où l’écrivain nous parle de ses histoires d’amour, ou de la charge sexuelle de différents épisodes de sa vie, avec, intercalés ici et là, des descriptions d’œuvres d’art.
Le genre de l’autofiction permet largement ce genre de récit cru, à la limite du voyeurisme. De fait, le genre de l’autofiction redéfinit assez largement la place de l’écrivain. C’est le retour brusque et massif du « Je » dans l’écriture, celui là même dont Blanchot disait, dans L’Espace Littéraire, « l’écrivain […] renonce à dire « Je ». [Il] appartient à un langage que personne ne parle, qui ne s’adresse à personne, qui n’a pas de centre, qui ne révèle rien. ». Dans l’autofiction, le Je est omniprésent. Il ne sert plus à relier l’écrivain au monde, puisqu’à aucun moment ils ne se distancient l’un de l’autre. On aurait presque envie de citer le deuxième préambule des Confessions de Rousseau : « Être éternel, rassemble autour de moi l'innombrable foule de mes semblables; qu'ils écoutent mes confessions, qu'ils gémissent de mes indignités, qu'ils rougissent de mes misères. »
Là où l’écrivain mène un travail de collecte, de découpage, de collage, l’autofiction rend dans l’ordre et avec la même cohérence des faits déjà avérés. Pour relever de la littérature, l’autofiction utilise la poétisation du texte, outil fort pour l’écrivain, dans son travail de retranscription de sa vision du monde. Sinon, on peut justement se demander où est la valeur ajouté du livre, ou, pour ne pas utiliser ce vocabulaire un peu tranchant, du moins, quel est le message que l’écrivain a voulu faire passer, quelle dimension inexplorée, ou mal explorée du monde il a voulu nous faire (re)découvrir. C’est ici à mon sens que le livre de Nina Bouraoui pêche. On peut dire de lui qu’il est vrai, qu’il retrace un vécu du monde, de manière agréable, il faut le reconnaitre, mais non une vision.
Dès le premier chapitre, il est clair qu’on entre dans l’intimité de l’auteur, fait auquel cela dit l’autofiction nous a habitué. En exergue, une histoire d’amour. Le reste du livre se constitue autour d’images de cette histoire, courtes, non-informatives, dont l’enchevêtrement est plutôt réussi. Malheureusement, l’écriture ne fait trop souvent qu’effleurer le potentiel du contenu, ce qui provoque chez le lecteur une certaine désorientation au fil des pages. La succession des mails, discutions téléphoniques, SMS avec des descriptions d’œuvres d’art au milieu (dont on se demande ce que Nina Bouraoui a voulu en tirer) n’arrive pas à créer le relief nécessaire. La poésie manque trop souvent, même si le livre reste agréable à lire.
Il faudrait, pour pouvoir commenter plus avant, lire d’autres livres de Nina Bouraoui, où peut-être le désir n’est pas la clef de l’édifice, un livre qui ne soit pas une première (douloureuse ?), car elle dit elle-même dans l’interview donnée à Transfuge : « J’ai mis du temps à me défaire de mes complexes, à pouvoir écrire sur la sexualité et la sensualité. Et à assumer mon homosexualité, pas dans ma vie mais dans mes livres » (p. 44), car réussir à parler de la sexualité, est-ce ne parler que de ça ? Pour un écrivain qui se dit proche de Marguerite Duras, la frontière entre désir et sexualité, entre tension et nudité crue ne devrait-elle pas être plus accentuée ? Il ne s’agit pas de deux façons différentes de vivre la sensualité, mais de deux façons différentes de la transcrire, de la faire transpirer sur le papier. Il n’y a qu’à (re)lire Détruire, dit-elle pour s’en convaincre.
Mes Mauvaises Pensées, livre antérieur de Nina Bouraoui, est donc rajouté à ma liste de lectures !

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