
Gallimard NRF – 2002 – 207 pages
Malgré le froid, je transpire tandis que mes muscles frappent dans l’air et que de rapides caresses essuient mon front. Les esprits aiment jouer avec le sel des corps, ils le lèchent, goûtent le jus de la vie qui s’agite, qui bat.
p. 172
Erri de Luca est un auteur italien originaire de Naples. Montedidio, son onzième livre, prend son titre du nom d’un des quartiers de sa ville d’origine. Il raconte l’histoire d’un jeune homme lors de sa transition de l’âge enfant à celui d’adulte.
Tout commence avec son premier travail comme apprentis chez le menuisier du quartier. Son treizième anniversaire où son père lui offre un Boomerang, objet qui le suivra tout au long de son évolution, qu’il gardera comme témoin de son développement, jusqu’au moment où, devenu un homme, il le lâchera, geste auquel il s’entraine tout au long du livre en vue de ce jour.
Montedidio est présenté sous la forme du journal d’un enfant, et cette voix que l’on suit tout au long du livre est apaisante, poétique, elle glisse comme le flux et le reflux des vagues, pour emprunter une image à Virginia Woolf. Le style clair se dote d’une légère touche de magie, juste ce qu’il faut pour alléger l’ensemble. Cette sensation d’effleurement nous poursuit d’un bout à l’autre du livre, si bien que même les passages difficiles –et il y en a- nous poussent à relativiser, à prendre du recul sur le monde. C’est là un des grands intérêts de ce livre. De Luca sait parler de l’enfance pauvre sans plonger dans le pathétique, en gardant une taille humaine.
Le style est très imagé, et pourtant peu coloré, seules ça et là émergent quelques taches de couleur, le reste colle à l’aspect terreux des rues et aux différentes teintes des bois de l’atelier du menuisier. L’accent est plus porté sur les personnages qui gravitent autour du narrateur, emblématiques, son patron, le cordonnier, son père, Maria, l’imprimeur, les voisins, le curé… Chacun de ces personnages a quelque chose de précis à apporter, bon comme mauvais, et surtout chacun d’eux possède une force qui émane de ces pages avec une tranquillité rassurante –ou effrayante quand ils représentent une menace. Le mystère lié au point de vue interne accentue cet état des choses. On voit les gens comme ils agissent, sans vraiment les connaître, et c’est cette présence démesurée qui nous marque.
En définitive, ce livre ressemble plus à un conte, un conte agréable à lire.

J'ai adoré ce livre quand je l'ai lu il y a quelques années maintenant...
RépondreSupprimerJ'en garde effectivement un souvenir proche du conte, une sorte de lecture hors du temps, un parenthèse bien agréable - même si comme tu le notes il y a des passages effrayants. Si je me souviens bien (et que je ne confonds pas avec autre chose), il y a des touches de fantastique dans ce livre que j'avais trouvées particulièrement bien intégrées dans la poésie de l'ensemble.
Erri de Luca vient-il aux Assises du Roman, pour que tu l'aies lu dans cette période de préparation intensive aux conférences ?
Oui il vient aux Assises, pour un entretient "La Bible, jour après jour", qui s'inscrit dans le cadre d'un questionnement sur la place de la Bible dans l'inspiration littéraire. Le même jour il y a également une table ronde sur le sujet "La Bible inspire-t-elle encore les écrivains", mais il n'y participe pas.
RépondreSupprimerEn tout cas de ce que tu en dis il s'agit bien du même livre ! En as-tu lu d'autres de lui ?
On m'avait conseillé et j'avais envie de lire Trois Chevaux, aussi, mais je n'arrive absolument pas à me rappeler si j'ai finalement lu ce livre... Je crois que non.
RépondreSupprimerEn tout cas la conférence de l'influence de la Bible sur la littérature me semble très intéressante ! Tu raconteras comment était Erri de Luca en conférence, s'il était aussi intéressant que son écriture, sur ce blog ? Je suis toujours inquiète du passage des écrivains de l'écriture à l'oral mais ça peut aussi être très intéressant.